Lundi 09 novembre
Non, ce n'est pas un pur hasard du calendrier si nous partons le jour anniversaire de la chute du Mur de
Berlin. Car notre voyage est lui aussi comme une abolition symbolique des frontières. Pensez donc, je me risque enfin à quitter la France pour plus de 3 semaines!
9H : Ce lundi devait être une journée de repos pendant
laquelle nous regardons avec un sourire béat nos bagages prêts depuis la veille dans le salon tout rangé. Bien sûr, il n'en n'est rien. Il me reste des tas de trucs à finir dont un sac
et une brioche pralinée(??) (pour les parents de Gaspard).
11H : Avec l'habitude des préparatifs ultra dernières minutes,
on commence à maîtriser et avoir du bol. L'idée lumineuse des travellers chèques, on l'a eu juste à temps, c'est-à-dire deux minutes avant la fermeture des commandes au bureau de change de
Concorde. Pour aller les chercher (avec le taxi qui nous emmenait à l'aéroport), on est arrivé juste 15 minutes avant que la place soit totalement bloquée par les manifestations du Mur de Berlin.
Si c'est pas du timing!
14H : J'ai dégoté in extremis les deux livres idéaux
pour ma préparation psychologique au voyage : Le koala tueur et autres histoires du bush, de Kenneth Cook et une saga
romantique sur la vie des australiens, des vrais : La dernière valse de Mathilda, de Tamara McKingley.
16H30 : Le principal étant d'avoir un sac bouclé, nous sommes prêts à temps.
Pour la deuxième fois de ma courte vie, je prends un taxi et ce n'est pas du luxe vu que j'ai déjà attrapé mal au dos le temps d'amener mon barda jusqu'à la borne.
Notre chauffeur est jovial et nous commentons des faits d'actualités tous plus désopilants les uns que les autres : détournement de fonds, meurtrier en cavale dans les bois... Ce dernier cas le chiffonne : La police ayant retrouvé les corps dans son puits et les cartes bleus des victimes dans son portefeuille, il ne comprend pas comment il peut clamer son innocence. « Imaginez, je vous emmène à l'aéroport et ensuite on retrouve mon corps chez vous...ce serait quand même une drôle de coïncidence! »
Nous poursuivons sur le sujet épineux de la conservation des corps. Il nous annonce qu'un ami à lui a congelé le corps de son bébé mort-né, car il ne savait pas quoi en faire. L'image du bébé cotoyant les poissons panés dans le congélateur me fait légèrement frissonner « Vous comprenez, aller l'enterrer dans la forêt ça risque de faire louche! ». Sacré dilemme en effet...On ne l'arrête plus sur ce sujet : il nous raconte ensuite la surprise de sa vie quand, étant livreur de colis, il a découvert en le brisant un bocal de liquide contenant un bébé mort en partance pour un labo.
S'en suit le récit de la fausse couche de sa femme : le foetus tombé dans la cuvette des toilettes, etc...
17h30 : Du coup, avec toutes ces belles histoires, le
voyage a passé comme de rien. Une dernier coup d'oeil à Paris par la fenêtre et nous voilà au no man's land de l'aéroport. Mon chéri me guide car moi je n'y comprends rien à tout ce
fatras. Montrer 15 fois son passeport et son billet, mettre et retirer ses
affaires dans des bacs en plastique, passer par ci, attendre par là
19h30 : Nous sommes montés dans notre train volant, en train de déballer magazines, couverture et kit de voyage avec une joie mal dissimulée. Enfin, je parle pour moi car nous sommes entourés d'hommes d'affaires blasés. Mon voisin de droite est de toute évidence un trafiquant de bijou. Son « associé » vient de lui glisser à l'oreille d'un air préocupé : « Vous m'aviez dit qu'il n'y aurait pas de problème à la douane avec les métaux précieux...mais blabla bla...
Je fais semblant de n'avoir rien entendu et me tiens à carreau.
Dans l'avion tout m'amuse : les plateaux repas, les bidules dans la trousse, les hôtesses qui passent, les zones de turbulence, les toilettes, l'écran interactif avec tous les films. Le temps passe presque trop vite.
Ma fascination pour le visionnage de ce qui se passe sous l'avion (c'est-à-dire surtout des nuages et de l'eau, mais c'est trop chouette à regarder) finit même par contaminer mon voisin le trafiquant qui arrête son film pour faire comme moi. Victoire contre le blasage!
9H30 : Sortie de l'avion et entrée dans le
bain. Et par bain, j'entends un bain très chaud, dans le genre de celui que prend ma sœur et qui me fait suffoquer quand j'entre dans la salle de bain.
Gaspard me confirme : non, il n'y a pas de chauffage dans l'aéroport. Il fait 26° à 9h du matin, avec un taux d'humidité proche de 80%, c'est l'été austral qui commence, c'est
tout.
Première bonne nouvelle : il a plu des cordes ces deux derniers jours, les moustiques sont au taquet!Les retrouvailles vont être chaleureuses.
Dans la voiture je menace de m'endormir à tout moment, malgré la route sinueuse et la splendide vue sur la mer. A travers mes paupières lourdes, je suis heureuse de retrouver la case créole qui a vu grandir mon chéri avec ses lambris de bois blanc, ses palmiers et ses bananiers...
Et comme je suis « exhausted » je fais la grève du blog, RAS.

Pour être sûr de ranger l'appart avant de
partir et de ne pas avoir le temps de le re-déranger, nous avons programmé notre soirée de départ pour ce soir. Pas de pot, tout le monde a décidé de fuir Paris ce week-end. Pas facile de
rassembler les troupes.
Je ne vais pas souvent chez le coiffeur, seulement les jours où il pleuvote et où j'ai oublié mon
parapluie.