Samedi 13 février 2010
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14:51
Aujourd'hui est un grand jour. Jusque là, nous avions l'habitude d'être tous seuls au lodge, de nettoyer des
bungalows vides et d'avoir le restaurant rien que pour nous. Mais aujourd'hui il va falloir partager l'espace car un groupe de 15 personnes vient dîner ce soir.
Il est temps pour moi de revêtir ma tenue de combat. Ballerine noire, robe et legging noir, et me voilà déguisée en
serveuse. Je précise bien déguisée car à part le costume, je n'ai rien d'une serveuse. D'une part, je n'ai jamais fait ça de ma vie, et d'autre part, je suis d'une maladresse
légendaire. Jacques le sait pourtant (sauf pour ma maladresse...), mais ça n'a pas l'air de l'affoler. D'emblée, il me confie la commande des boissons. Déjà rien que d'observer, planquée
derrière le bar, la grande tablée d'inconnus qui parlotent, et je suis toute impressionnée.
Hauts les coeurs! Chassant de ma pensée la vision d'un plateau rempli de verre à vin s'explosant sur le
parquet verni, je m'approche subtilement de mes victimes attablées, armée d'un calepin, d'un crayon et d'un timide « Good evening............What would you like to
drink? »
C'est alors que je réalise que le plus périlleux ne sera pas le porté de verres mais le déchiffrage de la commande. Si
encore je connaissais la carte des boissons par cœur...Mais pas question de me trahir en faisant répéter. Au fur et à mesure de la commande, je note les sonorités sans comprendre un traitre mot,
en espérant qu'une fois la carte sous les yeux je reconnaîtrai de quoi il s'agit...
De retour au bar, J. est là pour faire la traduction. Par bonheur, il ne s'attarde pas sur l'orthographe hasardeuse et
les abréviations louches (de toute façon, j'ai écris tellement mal qu'on ne peut quasiment rien lire). Reste à livrer la marchandise. Je n'ai pas réussi à échapper aux verres à vin et c'est
avec une grande fierté (et l'aide du plateau anti-dérapant) que je les ai apporté à destination en un seul morceau.
Mais l'épreuve du jour ne s'arrête pas là car le plat commun choisi pour la tablée est un plat en sauce or un
chavirement d'assiette est si vite arrivé...Pour éviter ce genre d'accident, je préfère la sécurité au style : pas de troisième assiette posée sur le poignet, même si j'ai toujours rêvé
de le faire! Toute occupée à marcher droit, à avoir l'air souriante et détendue, à repérer les gens à servir, à aborder le client du bon côté et à disposer l'assiette dans le bon sens, il y
a plus d'une sauce qui a failli passer par dessus bord, mais seulement failli.
Une petite pause « plonge », le temps que tout le monde se baffre, et puis c'est reparti.
Place au débarrassage, ou comment ramasser avec classe et habileté le petit fatras que chacun a éparpillé à sa place : l'assiette du pain, les miettes et les morceaux qui trainent, le papier du
beurre, le couteau à beurre, les couverts, la serviette...avec en prime la désagréable impression de pénétrer dans l'intimité des gens (c'est vrai quoi, une assiette c'est personnel!). Sans
compter que Jacques nous a mis en garde en cuisine contre le couteau fuyant, qui fait tobbogan dans l'assiette et entraîne tout sur son passage clouant un pied au sol à l'occasion. L'horreur.
Pour éviter cela, un geste de plus à inclure dans la chorégraphie : glisser le couteau sous la fourchette retournée. Tout en récoltant avec le sourire les compliments pour le chef et en
satisfaisant la curiosité des clients qui veulent savoir si je suis la fille du patron.
Après ça le périlleux ballet est terminé, il n'y a plus qu'à s'attaquer aux piles d'assiettes sales, et à côté
ça paraît presque du repos!