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Voyager, est-ce bien raisonnable?

 Introduction au voyage
On dit que les voyages forment la jeunesse. Mais ça ne serait pas plutôt « déforment » la jeunesse? Je n'ai pas beaucoup voyagé jusque là. Mais je suis revenu d'Amsterdam avec le pouce tordu, d'Angleterre avec cinq kilos sur les hanches et d'Annecy avec l'épaule déboitée et le gros orteil cassé. Est-ce qu'on nous aurait menti?

 Un bref historique de mes antécédents de voyage (non pas que je considère le voyage comme une maladie, loin de là!) permettra de confronter la réalité au dicton.
 

 Porte cococaïne
Enfant, nous n'allions que rarement à l'étranger sauf pendant nos vacances à la montagne, pour passer en Italie ou en Suisse.

A cette époque, une des mes sœurs avait toujours avec elle son « porte-coco », un petit singe jaune bizarre en nylon avec un sac à dos rose, dans lequel elle rangeait un doudou dénommé « coco ».

Jusque là, pas de problème, si ce n'est qu'à chaque passage de frontière, nous tremblions à l'arrière de la voiture, avec le « porte-coco » soigneusement caché, car notre père nous avait dit que si nous le déclarions à la douane, ça risquerait de faire louche. Dans ma petite tête, le voyage était un jeu dangereux. Et la suite n'allait faire que le confirmer!

 
Amsterdam : j'ai survécu

Mon premier vrai séjour à l'étranger était en 2006 lorsque je suis partie une semaine à Amsterdam pour un projet jumelé avec une école d'art hollandaise. J'ai fait bonne impression dès la première nuit en vomissant deux fois chez ma binôme. C'était un studio dans lequel on dormait à trois. Petite précision : je n'avais pas trop bu ou abusé de mets hollandais, juste pris des pastilles belges pour la toux achetées sur l'autoroute (quelle idée me direz-vous!).

Mais ce n'était que le début de mes déboires. Car, afin de nous mêler à la population locale, nous nous déplacions exclusivement à vélo.

Or, ceux qui connaissent mon inaptitude congénitale au maniement du vélo comprendront quelle épreuve de survie cette semaine sur deux roues représentait pour moi. Pour les autres, il faut savoir que j'ai développé depuis toute petite l'art de tomber dans les fossés pleins d'orties et de foncer droit dans les haies. A ma plus grande honte, je n'ai jamais obtenu mon « permis vélo » en primaire : la première année, je me suis ensanglanté le genou au bout de quelques minutes. La deuxième année, on m'a prié de me retirer du parcours car je représentais un danger pour les autres.

 Inutile de préciser que jamais je n'avais posé une roue de vélo à Paris. J'ai un tel feeling avec les vélos qu'un jour j'en ai même renversé un en étant à pied! Je traversais un passage piétons suivi de mon sac de voyage à roulette quand une vélocycliste m'est arrivé dessus en criant qu'elle n'avait plus de frein. J'ai hâté le pas, mais pas assez, et heureusement car elle allait arriver au feu rouge en bas de la rue sans pouvoir s'arrêter. Au lieu de ça, elle a buté dans mon sac et s'est étalée sur la route. 
C'est donc forte de ce brillant parcours que je me suis élancée sur les boulevards d'Amsterdam, à slalomer entre voitures, tramway et petits camarades à vélo qui, n'étant pas au courant de mes exploits, ne se sont ni méfiés ni inquiétés. Et d'ailleurs, tout s'est passé au mieux : ce n'est même pas moi qui me suis pris la roue dans un rail de tram! Je me suis contentée de me vautrer sur une poubelle, à pied, entraînée par la chute de mon vélo alors que je marchais à côté, ce qui est quand même beaucoup plus glorieux (et douloureux pour le pouce).

 

 Angleterre : baffrons-nous sous la pluie 
En plus d'un souci visible avec le vélo, je cultive l'art de voyager au bon endroit au bon moment. Je suis allé pédaler à Amsterdam en plein mois de février, au moment où la superposition d'un gant en laine et un gant de ski ne suffisait pas à récupérer l'usage de mes doigts. Je suis aussi allé en Angleterre en août avec une valise d'été alors qu'il faisait un temps de novembre.

Résultat : je suis revenu d'Angleterre avec le teint blafard et une balafre au pouce, ce qui m'apprendra à couper du cheddar avec un couteau de boucher. Sans oublier les dommages collatéraux lié à une consommation compulsive de chocolats Cadbury. Mais je voudrais vous y voir : habiter à deux pas de la fabrique Cadbury et résister jour après jour à ses incitations insidieuses : « Allez, prends ton K-Way et viens te réconforter avec mes chocolats. Souviens toi les boîtes de Finger longues comme le bras et les tablettes de 1kg rien que pour toi...».


 Espagne : arnaques et soleil
Voyant que l'Angleterre ne pouvait combler mes besoins en vitamine D, je me suis rabattue sur l'Espagne avec mes sœurs. Pour le soleil, nous n'avons pas été volé. Pour le reste...
 Si je résume nos premières 48h sur place : arrivée chaotique dans une ville frontalière pas très amène à 22h sous la pluie et sans nul part où dormir, photo volée sous la jupe de ma sœur et tentative de rapt de notre voiture. Atteindre la Costa Brava, ça se mérite.

Quelques précisions pour montrer que tout s'est bien terminé : dans l'histoire de la jupe, c'est le gars qui a été le plus volé puisque ma soeur portait en fait une jupe-short. D'autre part, nous avons finalement trouvé un logement à notre arrivée, dans un hostal « Guide du routard » un peu louche, au rez-de-chaussée avec des travaux sous les fenêtres. Et puis, à force de vociférations en français et de menace de radiation du « Guide » (merci pour cette bonne adresse!), nous avons pu récupérer notre voiture au garage de l'hostal, où on la retenait sous des prétextes fantaisistes.
 

 Ile de la Réunion : problèmes de peau
En 2007, j'ai passé quelques semaines à la Réunion pour me remplumer après mon diplôme et découvrir les contrées natales de mon cher et tendre. Bilan des 11 premières heures de vol de ma vie : plutôt positif. J'ai bien mangé, pas dormi mais pas vomi non plus. Pour ça j'ai attendu d'arriver chez ses parents (c'est une sorte de rituel d'installation chez moi).

Niveau accueil des autochtones, le bilan a été mitigé. Les moustiques du jardin m'ont adoré vu que je les ai nourri tout au long de mon séjour (d'où des jambes atrocement déformées)

Par contre, j'ai gravement traumatisé les paysans créoles des « Hauts » avec ma peau blanche qui leur a laissé penser que je sortais de "derrière soleil ».

Remarquez que je m'en suis bien tiré puisqu'on ne m'a pas jeté de cailloux, que je ne me suis pas planté d'oursin dans le pied, et que je n'ai pas été happée par un requin.

 

 Annecy : la rechute
Plus récemment, je me suis risquée à quitter mon douillet Paris pour m'installer à Annecy. A la base, ce n'était pas vraiment un voyage, vu que je venais pour le boulot et que je comptais rester un moment. Mais quitter Paris pour s'installer à plus de 600km dans des montagnes où l'on ne connait pas un chat, si c'est pas de l'expatriation!

Je suis arrivée la bouche en cœur, pleine de rêves et d'entrain. Quelques mois plus tard, je ne rêvais plus que d'une chose, rentrer à Paris! Car il y a un moment où même le vin chaud et les beaux paysages ne suffisent
plus à compenser le manque d'amis, de mouvement et de stimulation professionnelle.

Mais il en fallait plus pour transformer ce banal mélodrame en histoire croustillante. Heureusement un jeune chauffard ayant un « angle mort à l'avant », m'a renversé à vélo puis abandonné sur le parking des urgences, le soir de mon entretien de licenciement. Ah, les facéties de la vie!

Mais qu'est-ce je faisais encore à vélo malgré tous mes antécédents, me direz-vous? Nouvelle vie, nouvelles habitudes! Il m'avais pris l'idée folle de m'acheter une bicyclette, pour mieux goûter le froid mordant au petit matin et la neige gelée sous les roues. Et puis pour éliminer mes excès de contrefaçons de petits écoliers enfilés à la chaîne pour tromper l'ennui (je parle des biscuits et pas d'un trafic louche d'enfant chinois, que ce soit bien clair).

De tout ça, je retiens :

-Une épaule droite c'est hyper pratique surtout quand on est droitier. Quant au gros orteil, sous ses airs balourds, il est carrément indispensable à la marche.

-Etre jeune est un luxe. Pendant un mois, j'ai eu 80 ans et croyez-moi la lutte quotidienne pour s'habiller, se laver et manger, et la lente déambulation sur une chaussure moche à bascule, ça n'a rien de drôle.

- Il faut que je me fasse à l'idée que le vélo n'est pas fait pour moi. Il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter. D'ailleurs, quelques mois après être rentrée à Paris, un bienfaiteur anonyme me l'a volé, m'évitant ainsi une dernière tentative qui aurait pu cette fois être fatale.

 

 Conclusion de la chose 
Voyager, est-ce bien raisonnable? Absolument pas, mon expérience me l'a prouvé à maintes reprises. Mais, si on devait faire que ce qui est raisonnable, quel ennui!

Je sens que je vais beaucoup m'amuser en Australie.

 

 

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